
- Yves LAVOGEZ, dirigeant des établissements éponymes à HERLY
C’est un val de verdure où l’on entend le bruit d’une scierie, d’un séchoir et celui des machines qui façonnent le bois. Les établissements Lavogez œuvrent dans la construction en bois : charpentes, fenêtres, escaliers et maison en ossature bois depuis quelques temps. Son dirigeant fait l’historique d’une profession qui se relève d’une période de désuétude : « c’était une filière délaissée pendant la période des années 80 jusqu’en 2000. Beaucoup de savoir-faire ont été perdus, les formations ont suivi les pertes d’activités » se souvient-il. Jusqu’au retour du bois. Fini le temps où les outils étaient saisis à la main et où l’homme sculptait le bois. Les artisans n’ont pour autant pas évolué rapidement : « les machines à commande numérique sont arrivés dans la profession il y a à peine une dizaine d’années, rappelle Yves Lavogez. Hier, 100 % du travail était réalisé par la main de l’homme ; aujourd’hui, 50 % de notre activité se dé roule dans notre bureau d’étude », explique-t-il. La filière n’avait pas vraiment le choix. L’automatisation a fait faire des gains de productivité énorme... Et sauvé ce qu’il restait de l’industrie française du bois. « Si vous comparez nos métiers avec ceux de l’automobile, vous vous apercevez que cette industrie a beaucoup d’avance sur nous », ajoute Yves Lavogez. L’automatisation et l’industrialisation de la filière fait qu’aujourd’hui, les prix sont devenus acceptables pour le grand public.

- Le bureau d’étude pilote l’atelier
L’atelier passe dans le bureau d’étude.
Cependant, Lavogez garde l’esprit PME. Avec 2,2 millions de chiffre d’affaires en 2010 et un résultat positif, l’entreprise a pu investir tout au long de son développement : « nos bénéfices ne servent qu’à investir dans nos activité. Notamment celles qu’on développe avec les maisons à ossature bois », explique le dirigeant. Qui pointe les aberrations de la filière : « dans nos régions (Nord-Pas-de-Calais et Picardie), on sort 2 millions de mètres cube de bois par an. 5 % sont sciés ici... En France, on importe du bois et on exporte nos bois ! Nous plaidons pour une relocalisation de notre industrie. Mais nous n’avons même pas tous les avis techniques de nos bois locaux nécessaires à la construction... », plaide celui qui est aussi le président fédération Côte d’Opale du bâtiment. Ça vient avec le hêtre qui sera homologué prochainement après des phases de test. Pour gagner en performance, la filière a pris le tournant numérique. Et pas seulement dans ses ateliers. Les bureaux d’étude pilotent désormais toute la chaîne de production. Devant son écran informatique, l’ingénieur dessine, affine, corrige, personnalise ses pièces. « Nos logiciels sont maison. On ne veut pas faire l’escalier de monsieur tout le monde ; on tient à garder de la spécificité », explique Yves Lavogez. « Ce qu’on faisait en quelques heures se réalise aujourd’hui en quelques minutes », sourit-il. Le plan fait, il est envoyé par les tuyaux qui actionnent les machines à commande numérique qui restent sous le contrôle des agents de l’atelier. Les machines disposent aujourd’hui de plusieurs dizaines d’outils intégrés grâce auxquels les pièces de bois défilent et ressortent précisément dé coupées. « On dessine et on découpe au dixième de millimètre », dit un agent.
Investir ensemble...

- Une des machines à commande numérique dotée de 18 outils de coupe et de découpe
Coûteuses, ces machines font parfois l’affaire de plusieurs entreprises : « A Preures, on essaie de former des unités de production ensemble avec d’autres entreprises de la filière. C’est comme ça qu’on peut acheter du matériel performant : un robot de taille qui a une capacité de 14 mètres de long, de 650 mm de large et 350 mm d’épaisseur ; une machine à faire des murs de bois de 3,80 mètres de haut et de 10 mètres de large. On traite 15 mètres cube par jour », énumère le dirigeant. Le regroupement s’impose pour descendre encore en prix et monter en débit. Et le marché s’élargit : des maisons manu-portables, le renouvellement des campings, les écoquartiers qualifiés BBC... « Avec 350 mm d’épaisseur, les murs de nos maison à ossature surclasse les murs de parpaing à qui il faut 450 mm pour isoler en BBC. Faites le calcul de la perte d’espace sur l’ensemble d’une maison... Ou pour isoler les maisons par l’extérieur en centre-ville avec les trottoirs.. », conclut-il.
Extrait de la Gazette Pas de Calais, supplément hors série numéro 8386 du 18 novembre 2011
